Et si confier ses angoisses à ChatGPT n’était pas si absurde ? Ce qu’en pensent les psys annoncé par Le Point – Toute l’info en continu le
Je vais mettre en pleine lumière ce papier qui vient d’être publié, dont le propos est «Actualité française».
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Titre exacte donné par le journal était: Et si confier ses angoisses à ChatGPT n’était pas si absurde ? Ce qu’en pensent les psys
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Ils sont de plus en plus nombreux à ouvrir leur cœur à une intelligence artificielle. Toujours disponible, sans jugement et dotée d’une empathie simulée, ChatGPT devient pour certains bien plus qu’un assistant : un confident virtuel, un soutien émotionnel discret. Mais comment les psys perçoivent-ils ce nouveau réflexe ?
Problèmes sentimentaux, tensions au travail, conflits familiaux… Lou, attachée de presse de 29 ans, confie chaque jour ses états d’âme à ChatGPT. Au départ, elle s’en servait pour des conseils pratiques : bons plans de voyage, idées de recettes. Très vite, l’outil a changé de fonction. « C’est un peu comme un carnet pour moi. Je lui raconte toute ma vie, mais ce n’est pas forcément pour avoir une réponse précise. C’est plutôt pour verbaliser. »
Comme elle, beaucoup tissent une forme d’intimité avec la machine. Ce rapport inédit soulève autant de fascination que de réserves : risque d’isolement, données sensibles, erreurs de diagnostic… Les professionnels de la santé mentale observent cette évolution avec nuance. Vanessa Lalo, psychologue spécialisée dans les usages numériques, tempère : « D’un côté, on ne peut pas dire que ChatGPT est formidable et va remplacer les psys. De l’autre, on ne peut pas non plus s’opposer à ces usages qui apparaissent massivement. Au risque de perdre des patients si on les juge. »
Premier pas vers une consultation, soutien émotionnel…
Si la machine ne remplace en rien la présence humaine, certains bénéfices peuvent néanmoins émerger, à condition d’un usage ponctuel et éclairé. Pour certains, ChatGPT facilite l’expression des émotions et peut même devenir une étape préalable à une véritable consultation. « Il y a encore des gens qui n’osent pas pousser la porte d’un psy. Cela peut être une première étape de se rendre compte qu’on a quand même besoin de verbaliser quelque chose », observe Vanessa Lalo. Souvent, l’IA redirige d’ailleurs rapidement vers un professionnel. Le psychologue et psychothérapeute Jean-Paul Santoro abonde : « Le fait de décrire ses ressentis, même seul, sur un papier ou sur un clavier, peut être bénéfique. Cela permet à la personne de placer ses soucis dans le champ du langage. »
Pour le psychanalyste Michaël Stora, ceux qui s’adressent à ChatGPT cherchent davantage des réponses simples et immédiates qu’un véritable suivi : « Ce que les gens veulent, ce n’est pas forcément comprendre ce qui leur arrive, mais trouver une solution. Et ce sont souvent des réponses de bon sens, un peu comme ce qu’un grand-parent dirait : va prendre l’air, fais une activité manuelle… » Mais la thérapie n’est pas là pour fournir une réponse toute faite. Elle vise à aider le patient à formuler les bonnes questions, à entamer un processus. Et c’est ce cheminement, parfois long, qui produit une réelle transformation.
Néanmoins, avec parcimonie, l’IA peut aussi offrir un soutien émotionnel ponctuel. « Cela peut être une aide d’avoir cette pseudo-empathie, que les humains vont parfois mettre en place plus lentement. Même si c’est bien évidemment une fausse empathie créée de toutes pièces par l’IA », note Vanessa Lalo. Jean-Paul Santoro compare ce réconfort à celui qu’apporte un ami bienveillant : « Le simple fait d’avoir un espace de parole peut avoir un effet thérapeutique, avec n’importe qui. » De son côté, Olivier Duris, psychologue clinicien, y voit un potentiel intéressant si l’IA est utilisée comme outil de médiation thérapeutique : « Un peu comme la pâte à modeler pour les enfants, ou un support pour aborder des sujets délicats dans la thérapie. »
Le danger de l’effet miroir
L’un des principaux écueils – au-delà de la question cruciale de la sécurité des données – réside dans ce que les professionnels appellent « l’effet miroir ». Une IA comme ChatGPT, conçue pour valider les propos de son interlocuteur, peut donner une image biaisée du réel. « Un ami n’est pas juste quelqu’un qui valide tout : c’est aussi celui qui peut dire : là, t’as merdé. Le miroir numérique, lui, ne fait que valider », souligne Jean-Paul Santoro. Un point de vue que partage Vanessa Lalo : « Ces IA ne vont pas vous fâcher et ne vont pas dire des choses qui dérivent de la pensée complexe, c’est là où ça devient dangereux. »
Cette logique validante peut aussi nuire à un futur suivi thérapeutique. « C’est quand le thérapeute dit quelque chose que le patient ne veut pas entendre que le travail commence vraiment, explique Michaël Stora. L’IA entretient une forme de confort illusoire. Et ceux qui s’y habituent risquent de tomber de haut face à un psy réel. »
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S’il est dur d’établir une cartographie précise des profils tendant à s’adresser à ChatGPT, les psychologues interrogés s’accordent sur un élément : le succès de ces IA dans le champ psychologique révèle une faille dans les politiques publiques de santé mentale. « Il y a un manque criant de places en CMP, et peu d’accès à un suivi abordable, rappelle Olivier Duris. Donc, oui, pour moi, ce sont d’une part les personnes fragiles psychiquement qui vont se tourner vers l’IA, et d’autant plus les personnes en grande précarité sociale et économique, faute de moyens. »
Un propos partagé par Vanessa Lalo : « La santé mentale reste le parent pauvre en France. Et quand on souffre, on peut errer longtemps sans que personne ne s’en rende compte. Passer des nuits sur les forums, à distiller des éléments d’appel à l’aide mais difficiles à analyser… Ces usages ne sont pas anodins. » Les réponses restent ouvertes. Mais une chose est sûre : derrière les lignes de code, c’est un besoin très humain qui s’exprime. Celui d’être entendu, même par une machine.
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